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Mesurer la réduction des inégalités sociales

Eu égard aux trois étapes à franchir pour agir sur la réduction des inégalités sociales, celles-ci peuvent se mesurer de trois manières.

 

Nous pouvons vérifier si :

  1. la santé du groupe le plus défavorisé s’est améliorée,
  2. les différences entre le groupe le plus défavorisé et le groupe le moins défavorisé se sont réduites,
  3. les différences entre tous les groupes, donc pas uniquement entre les groupes les plus et les moins défavorisés, mais aussi les groupes intermédiaires, ont été réduites.
  4.  

  • Si le projet s’adresse à un groupe défavorisé déterminé :

Il est essentiel en premier lieu d’examiner si la santé (ou le déterminant choisi, par ex. alimentation, accès aux soins de santé, …) de ce groupe s’est effectivement améliorée. Mais pour vérifier si les inégalités sociales ont vraiment diminué, il convient de se demander aussi si la différence avec d’autres groupes, moins défavorisés, a diminué. Voyez s’il est possible d’obtenir les mêmes données (que celles que vous rassemblez pour le groupe cible de votre projet) auprès d’autres groupes dans la zone couverte par votre projet. Ou bien vous rassemblez ces données vous-même, ou bien vous utilisez des données existantes (comme celles de l’enquête nationale sur la santé). Dans ce dernier cas, il importe évidemment que vous disposiez de données similaires pour le groupe cible de votre projet.

 

 

  • Si les projets ne s’adressent pas uniquement à un groupe défavorisé déterminé :

Il s’agit de vérifier s’il y a des différences d’impact entre les différents sous-groupes.

 

L’idéal est de comparer les groupes entre eux et de répertorier les différences absolues et relatives. Le paragraphe suivant vous explique comment procéder. Pour certains projets, cela ne sera cependant pas possible. Les directives suivantes visent dès lors avant tout à proposer des méthodes pouvant être utilisées pour évaluer plus profondément des projets en termes d’inégalités sociales.

 

Les réponses à ces questions peuvent être formulées dans une fiche à réaliser vous-même ou dans un fichier Excel par exemple.

 

Si des données quantitatives sont disponibles, il existe différentes manières de comparer des différences sociales en matière d’inégalités. Il est crucial de répertorier au moins les différences absolues et relatives entre les groupes sociaux.

 

Les différences entre les groupes peuvent être mesurées de manière absolue ou relative. Ces deux formes de mesures sont intéressantes et importantes mais donnent des informations différentes.

 

Les différences relatives reflètent le rapport entre le résultat de mesure du groupe défavorisé et le résultat de mesure du groupe de référence. La différence relative indique donc dans quelle mesure il y a plus de chance qu’une personne d’un groupe défavorisé soit en moins bonne santé que quelqu’un du groupe de référence.

 

Les différences absolues reflètent la différence entre le résultat de mesure du groupe défavorisé et le résultat de mesure du groupe de référence. La différence absolue traduit donc l’impact de la différence sociale en santé en chiffres absolus.

 

Ces deux manières de comprendre les différences donnent des informations différentes. Ainsi une augmentation importante d’un problème de santé, peu fréquent chez des personnes vivant dans la pauvreté, sera beaucoup moins importante en chiffres absolus qu’une petite différence relative liée à un problème de santé beaucoup plus fréquent.

 

 

  • Essayons de clarifier cela au moyen d’un exemple fictif.

Supposons qu’au début de votre projet vous constatiez que 40 des 100 personnes peu qualifiées dans votre groupe cible mangent sainement, alors que 60 des 100 personnes hautement qualifiées mangent sainement. Cela veut dire que la différence relative entre les hautement qualifiés est de 1,5 (60/40), tandis que la différence absolue est de 20/100. Supposons que suite à votre projet, 60 personnes peu qualifiées sur 100 se mettent à manger sainement, mais qu’un nombre plus élevé de personnes hautement qualifiées (par ex. 90/100) se mettent aussi à manger plus sainement. Votre projet a fait en sorte que les personnes peu qualifiées adoptent des habitudes alimentaires plus saines, mais en même temps, le projet a augmenté la différence absolue, qui est passée de 20/100 (60/100 – 40/100) à 30/100 (90/100 – 60/100). La différence relative est cependant restée identique, à savoir 1,5.

 

AVANTAPRES
Hautement qualifiés60/100 mangent sain90/100 mangent sain
Peu qualifiés40/100 mangent sain60/100 mangent sain
Différence absolue20/10030/100
Différence relative1,51,5

 

Vous avez donc réussi à améliorer considérablement les habitudes alimentaires du groupe le plus défavorisé: de 40% à 60% qui mangent désormais sainement. Les inégalités sociales relatives aux habitudes alimentaires n’ont cependant pas diminué, au contraire, en termes absolus, elles ont même augmenté. Si vous aviez obtenu un résultat un peu meilleur chez les personnes peu qualifiées (par ex. 65/100), la conclusion aurait été totalement différente.

 

AVANTAPRES
Hautement qualifiés60/100 mangent sain90/100 mangent sain
Peu qualifiés40/100 mangent sain65/100 mangent sain
Différence absolue20/10025/100
Différence relative1,51,38

 

D’après ce scénario, l’amélioration des habitudes alimentaires serait même encore plus importante dans le groupe le plus défavorisé: de 40% à 65%. En termes relatifs, l’inégalité sociale a effectivement diminué, mais en termes absolus, l’inégalité sociale a augmenté.

 

Cet exemple fictif, très simplifié, montre qu’il est toujours important de ne pas se contenter de vérifier si le groupe défavorisé a progressé, ce qui est évidemment une première étape cruciale. Si vous voulez savoir si l’inégalité sociale a diminué elle aussi, il est essentiel d’inventorier tant les différences absolues que les différences relatives, car ces deux formes pourraient bien mener à des conclusions différentes. Et le fait de ne présenter qu’une des deux formes pourrait donc donner lieu à une image tronquée.